Bèu-caire 1216 : la résistance provençale dans la croisade albigeoise (1/3)
12 janvier 2011
Ci-dessous le premier chapitre d’une série en trois parties consacrée à la résistance des Provençaux au siège de Beaucaire en 1216, dans le cadre de la célèbre croisade albigeoise, épopée grandiose dans le Midi de la France que tout fils de l’Empire du Soleil doit connaître…

Il est dans l’histoire de France un chapitre qui porte un nom fameux, la guerre des albigeois. Et tout fils du Midi, en lisant ces pages, ressentira toujours bondir son cœur. Le sang qui ruissela dans cette mêlée a cimenté peut-être les assises de la France, et l’autel de la patrie, comme tous les autels, doit recevoir des sacrifices. Mais il est une chose que les morts nous demandent, et à laquelle les morts ont droit, lorsqu’ils tombèrent dans la bataille : Messieurs, c’est le souvenir ! Tout homme qui défend le sol de sa patrie, qui lutte et qui meurt pour elle, mérite le souvenir éternel du pays (Frédéric Mistral, 1882).
En 1209, sur initiative du pape Innocent III, qui cherche à stopper net le développement foudroyant de l’hérésie cathare en Languedoc, le roi de France envoie les croisés du comte Simon de Montfort, de sinistre réputation, à l’assaut du Midi : « La croisade proprement dite, avec son cortège de sièges de massacres, de viols, de bûchers et de pillages, dégénérera en véritable guerre de conquête qui verra les Etats du Sud envahis par les barons du Nord » (Dominique Paladilhe). De nos jours, grâce au label « Pays cathare », la Croisade fait la fortune des professionnels du tourisme mais contribue aussi au renouveau du sentiment identitaire occitan. Sans cesse déclinée en bande-dessinées, romans, études, commémorations ou numéros spéciaux dans les magazines historiques, la résistance du Midi constitue un mythe mobilisateur très puissant.
Malgré ce regain d’intérêt salutaire, la Croisade est trop souvent envisagée sous l’angle unique du motif religieux alors que celui-ci, passée l’impulsion initiale donnée par le pape, n’est plus qu’un prétexte aux ambitions territoriales françaises, le roi de France ayant longtemps été réticent à intervenir dans le Sud. La croisade albigeoise (du nom des habitants d’Albi, l’un des centres cathares) était une guerre de conquête entre deux camps opposés par la langue, la culture et les desseins politiques. De telle manière qu’on devrait parler de « Guerre du Midi » : les Méridionaux, de culture latine et peu suspects de « paganisme », se battaient pour leur terre. Par ailleurs, sur fond d’anticléricalisme facile, l’apologie de la « diversité » cathare donna naissance à la légende d’un Midi « tolérant » et « multiculturel », ce qui relève du fantasme absolu… De plus, on parle trop peu du rôle joué par les Provençaux dans le conflit. En effet, qui sait que l’une des plus importantes défaites croisées, sinon « La » défaite française, a eu lieu en 1216 à Beaucaire, siège d’une résistance héroïque des Provençaux, quand le Languedoc, lui, était mis en coupe réglée? C’est cette histoire que nous contons ici.


Voulèn que noste pople, en-liogo de groupi dins l’ignourènço de sa propro istòri, de sa grandour passado, de sa persounalita, aprengue enfin si titre de noublesso, aprengue que si paire se soun counsidera toujour coume uno raço, aprengue qu’an sachu, nòsti vièi prouvençau, viéure sèmpre en ome libre, e toustèms se defèndre coume tau : à Marsiho, autre-tèms, contro la Roumo de Cesar : dins lis Aliscamp d’Arle, à la Gardo-Freinet, contro li Sarrasin ; à Toulouso, à Beziés, à Bèu-Caire, en Avignoun, contro li faus crousa de Simoun de Mount-fort ; à Marsiho, à Frejus, à Touloun, e pertout, contro li lansquenet de l’emperaire Carle-Quint.






























