Philippe Cézanne rejoint les anti-LGV
6 mars 2009En 1870, Cézanne s’emportait contre la ligne Aix-Rognac. Son arrière-petit-fils dénonce la LGV
« Cézanne, réveille-toi, ils sont devenus fous ! » Les anti-LGV qui brandissaient ce slogan lors des manifestations contre le passage d’une ligne à grande vitesse au pied de Sainte-Victoire ne croyaient pas si bien dire. La grogne a eu des échos jusqu’outre-manche. Et c’est l’arrière-petit-fils de Paul Cézanne, qu’un journaliste du Daily Telegraph est allé réveiller dans « sa base » à Megève pour agrémenter un article sur la LGV.
Philippe Cézanne, garant du droit moral de son ancêtre, ne fait pas dans l’impressionnisme : « C’est un coup d’épée sanglant à travers le paysage. Je comprends que la modernité nécessite un certain nombre de choses mais nous devons préserver l’endroit, déclare-t-il au quotidien britannique. L’âme de Cézanne repose dans ces collines« . Une déclaration dont se sont emparé les opposants au projet.
Lesquels après avoir secoué les autorités locales voudraient bien rallier à leur cause le monde de l’art. « Si, avec mes petits moyens, je peux faire quelque chose… nous déclarait quelques jours plus tard, l’expert en art. Je trouve ça choquant et je suis prêt à me battre comme il a fallu le faire pour préserver la route du Tholonet. De tout temps, les peintres qui rentraient d’Italie ou ceux qui allaient vers la Hollande, se sont arrêtés à Aix, c’est bien qu’il y a quelque chose de particulier. Alors, si je peux aider à sauver ce paysage magnifique, qu’on tente depuis des années de faire inscrire au patrimoine mondial de l’Unesco… « .
Paysage que son illustre ancêtre, père de l’art moderne, a peint la bagatelle de 87 fois. Et l’histoire a parfois des échos étonnants: une des premières Sainte-Victoire peinte par Cézanne, qui s’intitule « La tranchée et la montagne Sainte-Victoire », est un coup de gueule contre la ligne de chemin de fer Aix-Rognac, qui éventre le Jas de Bouffan et la propriété familiale des Cézanne.
« Il peint cette toile en 1870 et trace comme une plaie sanguinolente au pied de Sainte-Victoire« , analyse Michel Fraisset, le directeur de l’Atelier Cézanne. « Il n’était pas vraiment moderne, reconnaît Philippe Cézanne. C’était un marcheur, la vitesse, ce n’était pas son propos ».
Mais ce n’est pas la seule correspondance. « Si Cézanne prenait le train de Paris pour aller à Auvers-sur-Oise (commune célèbre pour avoir été immortalisée par les impressionnistes et les paysagistes, ndlr), poursuit Michel Fraisset, son père, Louis-Auguste, avait fait un procès à PLM, la société de chemins de fer de l’époque, car l’incendie d’une locomotive avait endommagé les mûriers de la bastide du Jas de Bouffan. Il réclamait des dommages et intérêts car à l’époque, il y avait un enjeu financier avec les vers à soie ». Déjà une histoire d’argent…
La Provence, 5/3/2009





































