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    Une boisson de chez nous : la Mouresq !

    8 mai 2011

    Comme le croissant, symbole de la victoire de la Sainte Ligue sur les Turcs à la Bataille de Vienne en 1683, le nom de la « Mouresq » (Mauresque en français) trouve son origine dans un passé fait de sang et de sueur : son nom signifie « maures », du nom des envahisseurs auxquels les Provençaux se sont longtemps frottés (du chevalier Blacasset à la Bataille de Tourtour, en passant par celle de Cabasse). On obtient une Mouresq en versant un fond de pastis dans un verre, en y ajoutant du sirop d’orgeat dans lequel trempent quelques glaçons, le tout arrosé d’eau. Alors, quand vous êtes à la terrasse d’un bar, en souvenir du bon vieux temps de Guillaume le Libérateur, adressez-vous fièrement au serveur : uno Mouresq !


    « Le provençal aurait pu s’imposer à la place du français »

    2 mai 2011

    Plus qu’aucun autre dialecte, le provençal aurait pu s’imposer à la place du français car il bénéficie, au Moyen-Âge, d’un grand rayonnement en tant que langue de la poésie et de la littérature. Les « troubadours », du sud du pays ont existé sur le plan littéraire avant les « trouvères », du Nord. Leur art poétique va influencer celui du nord de la France de manière très profonde et l’enrichir. C’est Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine, qui, au XIIe siècle, introduit à la Cour le roman courtois. Grâce à des poètes comme Chrétien de Troyes, les chansons de gestes composées en langue d’oïl prendront aussi du prestige. Le français ne commence donc à se développer qu’à partir de cette époque. Le parler de l’Île-de-France deviendra de plus en plus raffiné, en grande partie grâce aux apports du Midi. Il se fortifie alors en restant la langue de la Cour et de la noblesse, la langue de référence, la langue aussi du pouvoir, c’est-à-dire celle qui va, très lentement, repousser tous les autres parlers locaux à larrière-plan.

    Henriette Walter, professeur émérite de linguistique à l’université de Haute-Bretagne (Historia, n°768, décembre 2010)


    Machiavel l’Européen (éditorial de la NRH n°53)

    9 avril 2011

    Son nom lui a joué des tours. C’est en effet peu flatteur d’être qualifié de «machiavélique». On voit aussitôt se dessiner un soupçon de violence madrée et de fourberie. Et pourtant ce qui avait conduit Machiavel à écrire le plus célèbre et le plus scandaleux de ses essais, Le Prince, était le souci de sa patrie, l’Italie. En son temps, dans les premières années du XVIe siècle, il était d’ailleurs bien le seul à se soucier de cette entité géographique. On était alors pour Naples, Gènes, Rome, Florence, Milan ou Venise, mais personne ne pensait à l’Italie. Il faudra pour cela attendre encore trois bons siècles. Ce qui prouve qu’il ne faut jamais désespérer de rien. Les prophètes prêchent toujours dans le désert des esprits avant que leurs rêves ne rencontrent l’attente imprévisible des peuples.

    Né à Florence en 1469, mort en 1527, Nicolas Machiavel était une sorte de haut fonctionnaire et de diplomate. Ses missions l’initièrent à la grande politique de son temps. Ce qu’il y apprit fit souffrir son patriotisme, l’incitant à réfléchir sur l’art de conduire les affaires publiques. La vie l’avait placé à l’école de bouleversements majeurs. Il avait 23 ans quand mourut Laurent le Magnifique en 1492. La même année, Alexandre VI Borgia devint pape. D’un de ses fils, César (en ce temps-là, les papes n’étaient pas toujours chastes), il fit provisoirement un très jeune cardinal, puis un duc de Valentinois grâce au roi de France. Ce César, que tenaillait une terrible ambition, ne sera jamais regardant sur les moyens. En dépit de ses échecs, sa fougue fascina Machiavel.

    Mais j’anticipe. En 1494, survint un événement immense qui allait bouleverser pour longtemps l’Italie. Charles VIII, jeune et ambitieux roi de France, effectua sa fameuse « descente », autrement dit une tentative de conquête qui bouscula l’équilibre de la péninsule. Après avoir été bien reçu à Florence, Rome et Naples, Charles VIII rencontra ensuite des résistances et dut se replier, laissant un joli chaos. Ce n’était pas fini. Son cousin et successeur, Charles XII, récidiva en 1500, cette fois pour plus longtemps, en attendant que survienne François Ier. Entre-temps, Florence avait sombré dans la guerre civile et l’Italie avait été dévastée par des condottières avides de butin.

    Atterré, Machiavel observait les dégâts. Il s’indignait de l’impuissance des Italiens. De ses réflexions naquit Le Prince, célèbre traité politique écrit à la faveur d’une disgrâce. L’argumentation, d’une logique imparable, vise à obtenir l’adhésion du lecteur. La méthode est historique. Elle repose sur la confrontation entre le passé et le présent. Machiavel dit sa conviction que les hommes et les choses ne changent pas. Il continue à parler aux Européens que nous sommes.

    À la façon des Anciens – ses modèles – il croit que la Fortune (le hasard), figurée par une femme en équilibre sur une roue instable, arbitre la moitié des actions humaines. Mais elle laisse, dit-il, l’autre moitié gouvernée par la virtus (qualité virile d’audace et d’énergie). Aux hommes d’action qu’il appelle de ses vœux, Machiavel enseigne les moyens de bien gouverner. Symbolisée par le lion, la force est le premier de ces moyens pour conquérir ou maintenir un Etat. Mais il faut y adjoindre la ruse du renard. En réalité, il faut être à la fois lion et renard. « Il faut être renard pour éviter les pièges et lion pour effrayer les loups » (Le Prince, ch. 18). D’où l’éloge, dépourvu de tout préjugé moral, qu’il fait du pape Alexandre VI Borgia qui « ne fit jamais autre chose, ne pensa jamais à autre chose qu’à tromper les gens et trouva toujours matière à pouvoir le faire » (Le Prince, ch. 18). Cependant, c’est dans le fils de ce curieux pape, César Borgia, que Machiavel voyait l’incarnation du Prince selon ses vœux, capable « de vaincre ou par force ou par ruse » (Ibid. ch. 7).

    Mis à l’Index, accusé d’impiété et d’athéisme, Machiavel avait en réalité vis-à-vis de la religion une attitude complexe. Certainement pas dévot, il se plie cependant aux usages. Dans son Discours sur la première décade de Tite-Live, tirant les enseignements de l’histoire antique, il s’interroge sur la religion qui conviendrait le mieux à la bonne santé de l’Etat : « Notre religion a placé le bien suprême dans l’humilité et le mépris des choses humaines. L’autre [la religion romaine] le plaçait dans la grandeur d’âme, la force du corps et toutes les autres choses aptes à rendre les hommes forts. Si notre religion exige que l’on ait de la force, elle veut que l’on soit plus apte à la souffrance qu’à des choses fortes. Cette façon de vivre semble donc avoir affaibli le monde et l’avoir donné en proie aux scélérats » (Discours, livre II, ch. 2). Machiavel ne se risque pas à une réflexion religieuse, mais seulement à une réflexion politique sur la religion, concluant cependant : « Je préfère ma patrie à mon âme ».

    Dominique Venner

    Site Internet de Dominique Venner
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    D’où vient la croix « occitane » ? Est-elle d’origine provençale ?

    11 février 2011

    Certains Provençaux la rejettent car ils y voient la marque d’un « impérialisme occitan », d’autres (les occitanistes) la revendiquent comme symbole d’une « nation occitane » allant de Bordeaux au Piémont. D’autres encore, rétifs aux rêveries occitanistes et ne souhaitant pas être pris au piège d’un débat chronophage,  comme les jeunes identitaires provençaux du mouvement Recounquista, en revendiquent la forme originale, dont ils trouvent l’origine en Provence, et dédaignent l’expression de « croix occitane », y préférant celle de « croix de Venasque » ou « croix bosonide » . Quelque soit le nom qu’on lui prête, d’où vient-elle cette croix tant fameuse ? Eléments de réponse.

    L’emblème représentatif de la commune Venasque (Vaucluse) remonte à des temps immémoriaux, bien antérieurs à l’ère chrétienne. De multiples influences y ont conjugué leurs significations symboliques. Dans sa forme achevée, dont les caractères se sont fixés dès avant le Xème siècle, on le décrit en termes héraldiques comme «une croix grecque, pattée, cléchèe, vuidiée et pommeïée ». Les branches sont égales (c’est pourquoi on qualifie la croix de grecque} et vont en s’élargissant du centre vers l’extérieur (pattée ou atésée) ; les extrémités se referment en formant une pointe saillante dont le dessin rappelle les poignées des vieilles clés (cléchèe) ; la consistance est évidée de manière à faire apparaître à l’intérieur une croix plus petite {vuidiée}, enfin, les points saillants, au nombre de douze, sont couronnés de boules {pommetée} réparties à raison de trois par branche. Dans les armes de la Maison de Venasque, décrites dès 1043, la croix était d’azur sur champ d’or. Dans celles de la famille apparentée de Gigondas, les couleurs devenaient d’argent sur fond d’azur. Chez les Comtes de Toulouse, qui se sont appropriés l’emblème, en étendant leur pouvoir par voie d’épousailles sur la Provence septentrionale, les couleurs passent à l’or sur fond de gueules (rouge). Au cours des siècles suivants, les régions environnantes en ont fait leur signe distinctif et, dans tout le pays où l’on pariait la langue d’oc, on la vit foisonner sur les blasons, les bannières, tes sceaux, et les monnaies. La croix de Venasque, rebaptisée croix de Toulouse, appelée parfois à tort croix de Languedoc, se pare maintenant du titre de croix occitane.

    Les douze pommettes ont particulièrement retenu l’attention de ceux qui veulent interpréter les signes. Douze, le nombre sacré qui confère la maîtrise de l’univers saisi dans ses trois modes, spatial comme les douze maisons du zodiaque, temporel comme les douze mois de l’année ou spirituel comme les douze marches initiatiques qui hisse le sage jusqu’à la Connaissance suprême. Douze aussi comme les rayons de lumière dardés par le soleil ou ces étoiles qui ponctuent le dôme céleste, en marquant les heures, et que l’œil exercé des mages sait distinguer dans les nuits les plus obscures. Beaucoup d’auteurs inspirés par l’ésotérisme évoquent les croix discoïdales qui seraient une représentation du disque solaire, lequel dans sa révolution annuelle parcourt les quatre saisons. Les légions propageront dans tout le monde romain la religion de Mithra, intermédiaire céleste envoyé par le dieu de la Lumière avec ses douze compagnons. Les adeptes de ce rite oriental véhiculeront son insigne mystique, une croix tréflée comme un talisman et porteuse des mystères de Zoroastre. N’aurait-on pas célébré à Venasque le culte mithraïque à l’endroit où s’élève maintenant le baptistère ?. Notons aussi qu’en Gaule cisalpine on honorait déjà d’autres croix dites celtiques à branches égales et cléchées, venues des brumes nordiques dans les bagages des hordes migrantes ou apportées d’Orient par les marchands qui sillonnaient la Méditerranée.

    Le monde chrétien reprit la symbolique à son compte. Il donna au signe de la croix une valeur dominante. Dès la fin du deuxième siècle, on célébra des configurations variées, inspirées ou dérivées des modèles païens, mais aussi profondément marquées par le chrisme trinitaire des premiers temps de l’Église, composé de la lettre grecque X entrelacée avec la lettre P, où l’on déchiffrait l’anagramme de Christos. Ce symbole du Christ, le plus souvent, était complété par les signes alpha et oméga. Parmi les nombreuses représentations emblématiques dont certaines vont conduire au dessin de la croix de Venasque, se détache une ligne évolutive où l’on distingue singulièrement la croix grecque croisée, puis la croix copte (qui se relie peut-être à la croix ansée d’Osiris), la croix de Constantinopte, la croix nestorienne dont on retrouve une représentation aux confins du Turkestan chinois et la croix wisigothique arienne ; certains dans leur lancée voudraient y ajouter la croix des Cathares alors que, pour ces purs, l’instrument de supplice du Christ n’a jamais été un objet de dévotion.

    La croix tréflée trinitaire, dite copte, avait été promue par Saint Marc qui, selon la tradition, évangélisa l’Egypte après avoir fondé l’Eglise d’Antioche. Cette même croix copte sera brandie par la fameuse légion thébaine, appelée aussi légion sacrée, que l’empereur Maximien emmena en Helvétie et qu’il fit massacrer, parce que son chef Maurice, suivi par ses troupes, refusait de sacrifier des prisonniers chrétiens aux dieux païens. Saint Maurice sera spécialement honoré dans le Comtat venaissin, probablement par l’intermédiaire des Burgondes qui, en s’emparant de la contrée, introduisirent une dévotion développé près du Léman. Caromb en a fait son saint protecteur.

    La cité de Venasque s’est également placée sous sa protection. Au pied du rocher, le prieuré, issu d’une villa romaine, où les templiers installèrent une commanderie passée ensuite aux Chartreux, porte encore son vocable. Le triptyque qui ornait le chœur de l’église – maintenant conservé au musée du Petit Palais – montre son portrait en armure sur l’un des panneaux. Faut-il voir dans cette ferveur l’origine de la croix dont la terre de Venasque a fait son emblème et dans laquelle l’interprétation chrétienne veut reconnaître tout à la fois l’unité de la Trinité proclamée aux quatre points cardinaux, mais aussi les quatre éléments, les douze apôtres ou les douze portes de la Jérusalem céleste ? L’antériorité des seigneurs de Venasque, le fait qu’ils aient été les premiers à orner leur blason de cet insigne typique, recueille l’avis concordant de la grande majorité des historiens. Cette attribution est mentionnée dès l’an 1080 à Marseille. On trouve la croix avec toutes ses caractéristiques sur un sceau de la famille de Venasque datant de 1094. Elle décore le tombeau de Geoffroy de Venasque à l’abbaye de Senanque, ainsi qu’une pierre tombale conservée au baptistère. A Sarrians dans la chapelle de la Sainte-Croix construite par le comte Boson vers 950, on peut voir une dalle funéraire portant une croix semblable. Plus incertaine est la filiation avec la stèle de Boétius, évêque successeur de Saint Siffrein, exposée dans la chapelle de Notre Dame de Vie (VIIème siècle) laquelle offre une version antique, non encore typée et proche de la croix byzantine avec ses branches simplement pattées encadrant des rosaces et les lettres alfa et oméga. Son dessin préfigure curieusement l’emblème qu’adopteront les templiers voire, à cause de sa dissymétrie latine, les chevaliers teutoniques.

    Plusieurs auteurs opinent en faveur d’une mutation graduelle qui associerait la croix de Saint Maurice apportée par les Burgondes (mais aussi vénérée par les moines de Lérins chez qui Saint Siffrein fut éduqué) à celle de Constantinople qui aurait cheminé par l’Italie – en laissant des vestiges – à moins qu’elle n’ait transité par les Wisigoths. Cette transformation aboutit, avant la fin du premier millénaire, à la figure que nous connaissons maintenant. Il n’est pas inutile d’observer qu’on trouve des représentations semblables mais plus tardives dans plusieurs lieux d’Italie, notamment à Pise.

    Le premier comte de Toulouse à exhiber la croix pattée, cléchée et pommetée sur son écu fut Raymond IV de Saint-Gilles lors de la première croisade. Par la ressemblance que cette figure héraldique présentait avec la croix de Constantinople, il s’attira les sympathies du Patriarcat. Mais cette croix que l’on prétendra désigner, plus tard, sous l’appellation de croix de Toulouse, c’est en leur qualité de marquis de Provence, suzerain du fief de Venasque, que Raymond de Saint-Gilles et ses successeurs s’en réclamèrent, comme l’avaient fait les seigneurs de Forcalquier. Vers l’an mil, Emma qui portait entre autres titres celui de comtesse de Venasque, fille de Roubaud comte et marquis de Provence, en s’alliant à Guilhem III Taillefer, apporta la croix qui figurait dans ses armoiries ; la Maison de Toulouse, deux siècles plus tard, l’incorpora dans les siennes.

    Puis-je terminer par une exhortation où souffle l’esprit de clocher. Si vos pérégrinations vous mènent dans la région toulousaine et que votre sensibilité soit froissée par l’étalage des inscriptions vantant la prétendue Croix de Toulouse, faites comme moi : biffez rageusement l’appellation abusive et écrivez par dessus Croix de Venasque.

    A la rigueur vous pouvez tolérer l’expression moderne et identitaire de Croix occitane,  encore que…

    Michel Geisler, 2004 (source)

    Images et précisions sur le site de Jean Gallian


    Bèu-caire 1216 : la résistance provençale dans la croisade albigeoise (3/3)

    20 janvier 2011

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    Le baron Simon de Montfort (mort en 1218 à Toulouse)

    Simon de Montfort

    Oriflammes au vent, fer contre fer et lances vers l’ennemi, les deux camps se fracassent l’un contre l’autre. Les croisés tournent les talons et les Provençaux sont à leur poursuite, mais la chevauchée s’arrête plus bas et le combat s’engage une nouvelle fois. Pour les croisés, la défaite est inconcevable : « si maintenant [Raimond VII] me prend Beaucaire, c’est pour moi une si grande humiliation que tout ce qui me restera de terre me semble être une misère » (Simon de Montfort). Les assiégés du castèu sont soumis aux privations et la tension s’installe dans le camp croisé. D’autant plus que toutes les rives du Rhône sont sous le contrôle sévère des Provençaux : la garnison est prise au piège. Mais Montfort ne désarme pas : alors que le noir de la bannière de détresse s’élève depuis la tour de guêt du castrum assiégé, le comte lance ses catapultes sur les remparts de la ville. Pendant ce temps-là, une nouvelle bien inquiétante pour les croisés commence à courir les rues : alliés du comte de Toulouse, les Marseillais remontent le fleuve… Aux cris de « Toulouse ! », les fils de la cité phocéenne entrent dans Beaucaire sous les hourras. Et bientôt, le bélier assemblé par les Provençaux perce le mur d’enceinte du castèu. Le ciel s’obscurcit de plus en plus pour les Français. Une autre bataille sanglante s’engage près du campement croisé : « vous en auriez vu rester sur le terrain, tomber par morceaux des jambes et des pieds, des bras, des entrailles et des poumons, des têtes et des mâchoires, des chevelures et des cervelles ! Si terribles sont le combat, la lutte à mort et le carnage que ceux de la ville, poursuivant les croisés de leurs coups, les chassent des chemins, des collines, des esplanades, des près et des roseaux ». Les hommes de Montfort, qui manquent de tout quand leurs adversaires baignent dans l’abondance, sont accablés. A l’image de Lambert de Limoux : « le comte de Montfort ne peut nous être d’aucun secours ; avec le jeune comte, il n’y a pas de capitulations possible ».

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    Bèu-caire 1216 : la résistance provençale dans la croisade albigeoise (2/3)

    18 janvier 2011

    Lire la partie (1/3)

    Les Troubadours, voix de la contestation provençale

    Les Troubadours sont à l’avant-garde de la résistance au pouvoir politique des évêques et de la reconquête contre les Français. Ils produisent des sirventes en série : sortes de « tracts en chanson » dans lesquels les poètes se font contestataires en appelant les uns à la révolte, les autres à l’exil. Le sirventes reprend l’air d’une chanson à la mode et en modifie le contenu pour véhiculer des idées politiques, c’est le média numéro 1 au Moyen-Âge, l’instrument de subversion par excellence, le samizdat occitan (sous l’URSS, le samizdat était un pamphlet anti-communiste diffusé par les dissidents).

    Les Troubadours, en chantant les vertus héroïques de la chevalerie, diffusent un message clair : la vie est un combat. Ils considèrent que la croisade albigeoise est une « fausse croisade » et, pour Tomier et Palaizi, chevaliers troubadours de Tarascon, ses instigateurs commettent un pêché contre Dieu car ils détournent le noble élan des premiers croisés de leur objectif initial : ils « préfèrent Beaucaire au Saint-Sépulcre [tombeau du Christ à Jérusalem] ».

    Par ailleurs, « la hardiesse avec laquelle Avignon combattit pour la cause du comte de Toulouse et l’honneur de la Provence a été célébrée en vers par Tomier et Palaizi » (Eugène Martin-Chabot, édition de 1989 du tome II de la Chanson). Mais ils appellent aussi les tièdes à se montrer courageux : « Et toi, pourquoi te terres-tu comme un rat dans son trou ? Ne vois-tu pas le dommage qui peut t’en échoir ? En avant baron, attaque ces Français arrogants puisque tu es fort et affermi ! » Un autre troubadour, Duran Sartre de Carpentras : « Comte, jamais plus nous ne pourrons vivre avec honneur si vous ne nous délivrez pas des Français hypocrites qui passent le jour et la nuit à se saouler et qui vous ont fait pire que personne ne saurait écrire. Débarrassez nous-en en les blessant les capturant ! »

    Chantés avec entrain par les combattants au cours de l’engagement militaire ou récités paisiblement par des jongleurs sur les places des villes, leurs couplets servent à encourager les partisans du comte de Toulouse et de l’émancipation communale (…) La chanson engagée est l’arme par excellence des contestataires provençaux (Collectif, La Provence au moyen-Âge, 2005).

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    Bèu-caire 1216 : la résistance provençale dans la croisade albigeoise (1/3)

    12 janvier 2011


    Ci-dessous le premier chapitre d’une série en trois parties consacrée à la résistance des Provençaux au siège de Beaucaire en 1216, dans le cadre de la célèbre croisade albigeoise, épopée grandiose dans le Midi de la France que tout fils de l’Empire du Soleil doit connaître…

    Il est dans l’histoire de France un chapitre qui porte un nom fameux, la guerre des albigeois. Et tout fils du Midi, en lisant ces pages, ressentira toujours bondir son cœur. Le sang qui ruissela dans cette mêlée a cimenté peut-être les assises de la France, et l’autel de la patrie, comme tous les autels, doit recevoir des sacrifices. Mais il est une chose que les morts nous demandent, et à laquelle les morts ont droit, lorsqu’ils tombèrent dans la bataille : Messieurs, c’est le souvenir ! Tout homme qui défend le sol de sa patrie, qui lutte et qui meurt pour elle, mérite le souvenir éternel du pays (Frédéric Mistral, 1882).

    En 1209, sur initiative du pape Innocent III, qui cherche à stopper net le développement foudroyant de l’hérésie cathare en Languedoc, le roi de France envoie les croisés du comte Simon de Montfort, de sinistre réputation, à l’assaut du Midi : « La croisade proprement dite, avec son cortège de sièges de massacres, de viols, de bûchers et de pillages, dégénérera en véritable guerre de conquête qui verra les Etats du Sud envahis par les barons du Nord » (Dominique Paladilhe). De nos jours, grâce au label « Pays cathare », la Croisade fait la fortune des professionnels du tourisme mais contribue aussi au renouveau du sentiment identitaire occitan. Sans cesse déclinée en bande-dessinées, romans, études, commémorations ou numéros spéciaux dans les magazines historiques, la résistance du Midi constitue un mythe mobilisateur très puissant.

    Malgré ce regain d’intérêt salutaire, la Croisade est trop souvent envisagée sous l’angle unique du motif religieux alors que celui-ci, passée l’impulsion initiale donnée par le pape, n’est plus qu’un prétexte aux ambitions territoriales françaises, le roi de France ayant longtemps été réticent à intervenir dans le Sud. La croisade albigeoise (du nom des habitants d’Albi, l’un des centres cathares) était une guerre de conquête entre deux camps opposés par la langue, la culture et les desseins politiques. De telle manière qu’on devrait parler de « Guerre du Midi » : les Méridionaux, de culture latine et peu suspects de « paganisme », se battaient pour leur terre. Par ailleurs, sur fond d’anticléricalisme facile, l’apologie de la « diversité » cathare donna naissance à la légende d’un Midi « tolérant » et « multiculturel », ce qui relève du fantasme absolu… De plus, on parle trop peu du rôle joué par les Provençaux dans le conflit. En effet, qui sait que l’une des plus importantes défaites croisées, sinon « La » défaite française, a eu lieu en 1216 à Beaucaire, siège d’une résistance héroïque des Provençaux, quand le Languedoc, lui, était mis en coupe réglée? C’est cette histoire que nous contons ici.

     

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    La pastorale : une fenêtre sur le catholicisme provençal

    11 décembre 2010

    La pastorale est une pièce de la nativité parlée et chantée au moment de Noël, généralement en provençal, contant la naissance du Christ comme si elle s’était déroulée en Provence, dans un pichot cabanon bercé par lou mistrau. L’humour y est très présent comme on peut le voir sur les deux vidéos ci-dessous : tous les habitants du village se réunissent pour faire leurs compliments à l’enfant Jésus, déposant à ses pieds des bretelles, des jouets, du café, un couple de perdrix, une boite de tabac…


    (2ème partie)


    (3ème partie)

    La pratique catholique en Provence a toujours été teintée de baroque, écho à la bonne humeur naturelle du peuple provençal, mais toujours très pieuse. Toutefois, quelques interprétations très personnelles aux Provençaux des rites catholiques (on passera sur les différentes versions « décomplexées » qu’il existe en Provence du chant Il est né le divin enfant…) ont poussé certains prélats à remettre un peu d’ordre à l’occasion de manifestations aux accents païens, qui sont finalement (et heureusement) restées vivaces : la Sainte Barbe, par exemple, est l’illustration de cette permanence pagano-chrétienne, symbole de 30 000 ans d’identité européenne.

    Pourquoi Sainte Barbe ? Difficile de répondre, car cette vierge et martyre est peu documentée. Cette « sainte » est peu connue de l’Eglise, qui souligne son caractère probablement légendaire, et n’était peut-être pas davantage connue des chrétiens de son temps, au point qu’on ignore son vrai nom. Après son martyre, durant lequel elle montra un grand courage, les chrétiens chargés de reconnaître les corps des leurs parmi ceux des suppliciés s’avérèrent ne pas la connaître ; c’était, mêlé à  leurs propres martyrs, un corps surnuméraire qu’ils  ne surent désigner  que comme celui de « la jeune fille qui parlait une langue étrangère », c’est à dire, en grec : Barbara (en français : Barbe).

    Sainte Barbe est depuis depuis longtemps la patronne des mineurs. Peut-être a-t-on pensé que ce lien avec le monde souterrain lui permettait de veiller sur les graines enfouies pendant l’hiver ? De plus, après son martyre, son père, responsable de sa mort, fut frappé par la foudre, si bien qu’on attendait d’elle protection contre la mort subite (la « malemort » très redoutée) et contre le tonnerre et les explosions (ce qui en fait la patronne des artificiers, des pompiers et de tous ceux qui ont affaire aux explosifs, aux armes ou au feu). C’est aussi la patronne des intellectuels, car c’est d’avoir écouté les enseignements d’un sage (chrétien ?) qui a causé la colère de son père et son martyre.

    Sainte Barbe vient nous rappeler que cette terre fut païenne avant d’être chrétienne. Maîtresse des graines enfouies, gardienne de la fertilité temporairement perdue de la terre, titulaire d’un pouvoir redoutable dans le domaine de la mort, Sainte Barbe la très mystérieuse nous fait plus penser à Perséphone qu’à une sainte chrétienne. Une Perséphone qui aurait volé la foudre à son oncle Zeus, oublié quelque part son Hadès de mari forcé et emprunté son jardin éphémère à son amant Adonis.

    source : Fdesouche


    Enfin, ne l’oublions pas, Jésus n’est pas né n’importe où :


    Le Collectif au contact des Fréjussiens pour diffuser la pétition contre le bétonnage des arènes antiques

    9 septembre 2010

     

    Communiqué du 9/9/2010 – « Le Collectif au contact des Fréjussiens pour diffuser la pétition contre le bétonnage des arènes antiques »

    Samedi 4 septembre dernier, les membres du Collectif étaient dans le centre de Fréjus, sur les marchés, au contact des passants, producteurs et commerçants, pour faire signer la pétition lancée dernièrement afin de stopper le bétonnage des arènes de Fréjus. Plusieurs contacts ont été pris avec la population, comme lors de notre précédent passage (samedi 31 août), et des relais ont été constitués suite à des prises de contacts établies depuis la couverture du sujet par Var Matin.

    Voir photos ci-dessous :

    Le Collectif continue de réclamer 1°/ l’arrêt immédiat et total des travaux. Puisque François Brouat, le directeur de la direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a déclaré en interview à France 2 que « le dispositif actuellement mis en place est réversible. Ultérieurement, si on souhaite l’ôter, cela est parfaitement possible. », nous réclamons donc 2°/ le retrait immédiat et total des installations mises en place.

    Le Collectif poursuivra et accentuera sa campagne dans les semaines et mois à venir.

    En attendant, nous vous invitons à rejoindre le groupe Facebook du Collectif (où vous trouverez coupures de presse et photos éloquentes…) et à en parler tout autour de vous. Ainsi qu’à signer la pétition en ligne : cliquez ici. Nous avons besoin de vous.

    Pour lire ou relire le communiqué de lancement du Collectif : cliquez ici.

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    RECOUNQUISTA – Les jeunes Identitaires de Provence

    www.recounquista.com
    recounquista@gmail.com
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    Parce que la Provence, ce n’est pas la « Côte d’Azur »

    2 septembre 2010

    L’image comique et légèrement péjorative que l’on s’était créée du Marseillais en 1840, cent après s’est étendue à la Provence entière. Alors, humilié ou agacé, l’homme du pays tient à rappeler périodiquement qu’il existe une autre idée de la Provence ; son image grave et secrète s’oppose à l’image futile – non certes comme une droite s’opposerait à une gauche, mais comme une réalité à une autre réalité : réalité du monde épars dans les mas de campagne, en face des villages gais, bruyants et politiciens ; réalité de la montagne, en face d’un bas pays qui s’identifie de plus en plus à la Côte. Ce monde grave, celui de Mirèio déjà, est celui de Bosco, de Giono, de René Char, de Peysson (la mer en est aussi). Faut-il alors parler de deux Provences ? Sans doute, à condition d’admettre  un caractère régional bien plus complexe qu’il ne parait. Témoin ces notes de gravité discrète, aussi frappantes, de vérité que les scènes comiques entre lesquelles elles se glissent et qui donnent ainsi au Marius de Pagnol, avec l’aide de ce pur Provençal qu’était l’acteur Raimu, une épaisseur d’humanité. Aussi bien les temps vont devenir eux-mêmes plus graves.

    Maurice Agulhon et Joël Coulet, Histoire de la Provence (collection Que sais-je, 2001)