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    Quelle « tradition » pour une « révolution décroissante » ?

    7 novembre 2010

    Comme chacun sait, la décroissance est un thème central pour les Identitaires. Même si nous préférons le terme de « localisme », plus évocateur, plus juste aussi, et moins effrayant. Car la décroissance peut se définir comme la relocalisation de l’homme, de son économie (du grec ancien οἰκονομία, oikonomía, « gestion de la maison ») et du politique (démocratie locale, référendaire et directe ; autonomies régionales ; etc.). Mais il y a aussi un journal appelé « La Décroissance » et qui, bien que marqué à gauche, n’en finit pas de nous étonner favorablement à chaque numéro… Comme dans celui de novembre 2010 où l’on peut lire dans le traditionnel débat en fin de journal (ce mois ci :  « La Décroissance sera-t-elle autoritaire ? ») des considérations assez inhabituelles sur « l’autorité », la  « tradition », l’héritage grec et le  « mythe de l’inéluctable progrès » de la part de gens placés bien loin de nous sur l’échiquier politique français… Ce qui devrait achever de démontrer que les Identitaires ont plus en commun avec les Casseurs de pub (qui éditent la revue) qu’avec l’UMP ou l’extrême-droite, avec lesquels les journalistes peu informés placent pourtant notre mouvance. Ci-dessous un extrait du débat mensuel pour inviter nos lecteurs à changer de perspective et à se pencher sur l’idée décroissante.

    Le concept d’« autoritaire » peut être entendu différemment [que sous un sens « anti-démocratique »]. Selon Hannah Arendt, à la différence d’un régime totalitaire, un régime autoritaire n’élimine pas la liberté mais la restreint. Ainsi, « même le plus draconien des gouvernements autoritaires est lié par des lois », dit-elle dans La crise de la culture, publié en 1961. L’autorité, en restreignant la liberté, la protège. Pour Hannah Arendt, c’est la destruction de l’autorité dans les démocraties modernes qui a conduit aux totalitarismes. Elle décrit un gouvernement « autoritaire » comme une société pyramidale dont le sommet est tourné vers le passé. Ce type de société s’inspire de l’autorité des fondateurs, des « Anciens ». L’autorité est ici solidaire de la tradition et de la religion. Ainsi, Rome considérait ses ancêtres grecs comme faisant autorité. Leurs actions avaient valeur d’exemplarité. Pour Hannah Arendt, toute révolution est inspirée par une tradition, qui fait figure d’autorité. Vers quelle tradition, vers quels « anciens » pourrions-nous nous tourner pour vivre une « révolution décroissante » ? Le modèle grec pourrait peut-être nous inspirer. Pour les Grecs, pas de politique sans liberté. Réinscrire la liberté au cœur de notre société constituerait un vrai projet politique, éminemment démocratique. La liberté de choisir de sortir du mythe de l’« inéluctable » progrès technologique et industriel sur lequel est basée notre société de « croissance ».

    Florence Leray, journaliste et philosophe, auteur de Cohn-Bendit : l’imposture.

    A lire sur le sujet : Alain de Benoist, Demain, la décroissance ! Penser l’écologie jusqu’au bout. Serge Latouche, Le pari de la décroissance et Petit traité de la décroissance sereine.

    Journal « La Décroissance », en kiosques pour 2€.


    Mettre au point une nouvelle économie, c’est possible

    5 décembre 2009

    Nous devons nous libérer de la vieille philosophie du « contrat », héritée du libéralisme du XIXème siècle, selon laquelle la société n’aurait pour but que de permettre à chaque individu de produire et de consommer toujours plus. Si la technoscience et le marché restaient aveuglément libres, lâchés comme deux Golems dans une société individualiste ne connaissant que le contrat, alors chaque acteur économique – chaque groupe d’intérêts – pourrait contribuer à l’épuisement de la biosphère. (…) La consommation de masse toujours croissante, impulsée par une hypnose publicitaire visant à créer des besoins superflus pour faire tourner toujours plus fort la machine du productivisme industriel, alors ce modèle – cause de la crise écologique – ne va plus fonctionner longtemps. (…) Le pétrole va devenir de plus en plus cher (…) Aucune énergie de substitution ne pourra remplacer le pétrole (…) La fin de l’énergie bon marché, c’est la fin de la croissance économique indéfinie, la fin du productivisme industriel, la fin de l’Union européenne libre-échangiste, la fin de l’aviation commerciale de masse, la fin de la grande distribution ! Au total : la fin de la façon de vivre actuelle dans les pays riches. (…) Changer le modèle économique global ? C’est de cela qu’il s’agit, si l’on veut être à la hauteur de l’enjeu : inventer un art de « vivre autrement, donc mieux » (non de vivre « moins ») ; mettre au point une économie relocalisée, décentralisée, autosuffisante par la décroissance de la consommation de matières et d’énergie.

    Patrice de Plunkett, revue Résurrection n°132-133 (juillet à octobre 2009)