Fanfarneta !
11 mai 2011
Fanfarneta – Lo Còr de la Plana, Arles 2008 from Benoit Blein on Vimeo.
Le groupe polyphonique marseillais Lou Cor de la Plana chante en occitan médiéval (langue littéraire du Midi de la France avant l’affirmation de langues d’oc distinctes), langue des troubadours. Boudés par les critiques françaises, vautrées dans le parisianisme et le mépris jacobin des cultures charnelles, le groupe marseillais a pourtant conquis le cœur des Américains et des Européens… Comme nos troubadours hier. Ils chantent, et incarnent, l’éternelle jeunesse de notre identité.
D’où vient la croix « occitane » ? Est-elle d’origine provençale ?
11 février 2011Certains Provençaux la rejettent car ils y voient la marque d’un « impérialisme occitan », d’autres (les occitanistes) la revendiquent comme symbole d’une « nation occitane » allant de Bordeaux au Piémont. D’autres encore, rétifs aux rêveries occitanistes et ne souhaitant pas être pris au piège d’un débat chronophage, comme les jeunes identitaires provençaux du mouvement Recounquista, en revendiquent la forme originale, dont ils trouvent l’origine en Provence, et dédaignent l’expression de « croix occitane », y préférant celle de « croix de Venasque » ou « croix bosonide » . Quelque soit le nom qu’on lui prête, d’où vient-elle cette croix tant fameuse ? Eléments de réponse.
L’emblème représentatif de la commune Venasque (Vaucluse) remonte à des temps immémoriaux, bien antérieurs à l’ère chrétienne. De multiples influences y ont conjugué leurs significations symboliques. Dans sa forme achevée, dont les caractères se sont fixés dès avant le Xème siècle, on le décrit en termes héraldiques comme «une croix grecque, pattée, cléchèe, vuidiée et pommeïée ». Les branches sont égales (c’est pourquoi on qualifie la croix de grecque} et vont en s’élargissant du centre vers l’extérieur (pattée ou atésée) ; les extrémités se referment en formant une pointe saillante dont le dessin rappelle les poignées des vieilles clés (cléchèe) ; la consistance est évidée de manière à faire apparaître à l’intérieur une croix plus petite {vuidiée}, enfin, les points saillants, au nombre de douze, sont couronnés de boules {pommetée} réparties à raison de trois par branche. Dans les armes de la Maison de Venasque, décrites dès 1043, la croix était d’azur sur champ d’or. Dans celles de la famille apparentée de Gigondas, les couleurs devenaient d’argent sur fond d’azur. Chez les Comtes de Toulouse, qui se sont appropriés l’emblème, en étendant leur pouvoir par voie d’épousailles sur la Provence septentrionale, les couleurs passent à l’or sur fond de gueules (rouge). Au cours des siècles suivants, les régions environnantes en ont fait leur signe distinctif et, dans tout le pays où l’on pariait la langue d’oc, on la vit foisonner sur les blasons, les bannières, tes sceaux, et les monnaies. La croix de Venasque, rebaptisée croix de Toulouse, appelée parfois à tort croix de Languedoc, se pare maintenant du titre de croix occitane.
Les douze pommettes ont particulièrement retenu l’attention de ceux qui veulent interpréter les signes. Douze, le nombre sacré qui confère la maîtrise de l’univers saisi dans ses trois modes, spatial comme les douze maisons du zodiaque, temporel comme les douze mois de l’année ou spirituel comme les douze marches initiatiques qui hisse le sage jusqu’à la Connaissance suprême. Douze aussi comme les rayons de lumière dardés par le soleil ou ces étoiles qui ponctuent le dôme céleste, en marquant les heures, et que l’œil exercé des mages sait distinguer dans les nuits les plus obscures. Beaucoup d’auteurs inspirés par l’ésotérisme évoquent les croix discoïdales qui seraient une représentation du disque solaire, lequel dans sa révolution annuelle parcourt les quatre saisons. Les légions propageront dans tout le monde romain la religion de Mithra, intermédiaire céleste envoyé par le dieu de la Lumière avec ses douze compagnons. Les adeptes de ce rite oriental véhiculeront son insigne mystique, une croix tréflée comme un talisman et porteuse des mystères de Zoroastre. N’aurait-on pas célébré à Venasque le culte mithraïque à l’endroit où s’élève maintenant le baptistère ?. Notons aussi qu’en Gaule cisalpine on honorait déjà d’autres croix dites celtiques à branches égales et cléchées, venues des brumes nordiques dans les bagages des hordes migrantes ou apportées d’Orient par les marchands qui sillonnaient la Méditerranée.
Le monde chrétien reprit la symbolique à son compte. Il donna au signe de la croix une valeur dominante. Dès la fin du deuxième siècle, on célébra des configurations variées, inspirées ou dérivées des modèles païens, mais aussi profondément marquées par le chrisme trinitaire des premiers temps de l’Église, composé de la lettre grecque X entrelacée avec la lettre P, où l’on déchiffrait l’anagramme de Christos. Ce symbole du Christ, le plus souvent, était complété par les signes alpha et oméga. Parmi les nombreuses représentations emblématiques dont certaines vont conduire au dessin de la croix de Venasque, se détache une ligne évolutive où l’on distingue singulièrement la croix grecque croisée, puis la croix copte (qui se relie peut-être à la croix ansée d’Osiris), la croix de Constantinopte, la croix nestorienne dont on retrouve une représentation aux confins du Turkestan chinois et la croix wisigothique arienne ; certains dans leur lancée voudraient y ajouter la croix des Cathares alors que, pour ces purs, l’instrument de supplice du Christ n’a jamais été un objet de dévotion.
La croix tréflée trinitaire, dite copte, avait été promue par Saint Marc qui, selon la tradition, évangélisa l’Egypte après avoir fondé l’Eglise d’Antioche. Cette même croix copte sera brandie par la fameuse légion thébaine, appelée aussi légion sacrée, que l’empereur Maximien emmena en Helvétie et qu’il fit massacrer, parce que son chef Maurice, suivi par ses troupes, refusait de sacrifier des prisonniers chrétiens aux dieux païens. Saint Maurice sera spécialement honoré dans le Comtat venaissin, probablement par l’intermédiaire des Burgondes qui, en s’emparant de la contrée, introduisirent une dévotion développé près du Léman. Caromb en a fait son saint protecteur.
La cité de Venasque s’est également placée sous sa protection. Au pied du rocher, le prieuré, issu d’une villa romaine, où les templiers installèrent une commanderie passée ensuite aux Chartreux, porte encore son vocable. Le triptyque qui ornait le chœur de l’église – maintenant conservé au musée du Petit Palais – montre son portrait en armure sur l’un des panneaux. Faut-il voir dans cette ferveur l’origine de la croix dont la terre de Venasque a fait son emblème et dans laquelle l’interprétation chrétienne veut reconnaître tout à la fois l’unité de la Trinité proclamée aux quatre points cardinaux, mais aussi les quatre éléments, les douze apôtres ou les douze portes de la Jérusalem céleste ? L’antériorité des seigneurs de Venasque, le fait qu’ils aient été les premiers à orner leur blason de cet insigne typique, recueille l’avis concordant de la grande majorité des historiens. Cette attribution est mentionnée dès l’an 1080 à Marseille. On trouve la croix avec toutes ses caractéristiques sur un sceau de la famille de Venasque datant de 1094. Elle décore le tombeau de Geoffroy de Venasque à l’abbaye de Senanque, ainsi qu’une pierre tombale conservée au baptistère. A Sarrians dans la chapelle de la Sainte-Croix construite par le comte Boson vers 950, on peut voir une dalle funéraire portant une croix semblable. Plus incertaine est la filiation avec la stèle de Boétius, évêque successeur de Saint Siffrein, exposée dans la chapelle de Notre Dame de Vie (VIIème siècle) laquelle offre une version antique, non encore typée et proche de la croix byzantine avec ses branches simplement pattées encadrant des rosaces et les lettres alfa et oméga. Son dessin préfigure curieusement l’emblème qu’adopteront les templiers voire, à cause de sa dissymétrie latine, les chevaliers teutoniques.
Plusieurs auteurs opinent en faveur d’une mutation graduelle qui associerait la croix de Saint Maurice apportée par les Burgondes (mais aussi vénérée par les moines de Lérins chez qui Saint Siffrein fut éduqué) à celle de Constantinople qui aurait cheminé par l’Italie – en laissant des vestiges – à moins qu’elle n’ait transité par les Wisigoths. Cette transformation aboutit, avant la fin du premier millénaire, à la figure que nous connaissons maintenant. Il n’est pas inutile d’observer qu’on trouve des représentations semblables mais plus tardives dans plusieurs lieux d’Italie, notamment à Pise.
Le premier comte de Toulouse à exhiber la croix pattée, cléchée et pommetée sur son écu fut Raymond IV de Saint-Gilles lors de la première croisade. Par la ressemblance que cette figure héraldique présentait avec la croix de Constantinople, il s’attira les sympathies du Patriarcat. Mais cette croix que l’on prétendra désigner, plus tard, sous l’appellation de croix de Toulouse, c’est en leur qualité de marquis de Provence, suzerain du fief de Venasque, que Raymond de Saint-Gilles et ses successeurs s’en réclamèrent, comme l’avaient fait les seigneurs de Forcalquier. Vers l’an mil, Emma qui portait entre autres titres celui de comtesse de Venasque, fille de Roubaud comte et marquis de Provence, en s’alliant à Guilhem III Taillefer, apporta la croix qui figurait dans ses armoiries ; la Maison de Toulouse, deux siècles plus tard, l’incorpora dans les siennes.
Puis-je terminer par une exhortation où souffle l’esprit de clocher. Si vos pérégrinations vous mènent dans la région toulousaine et que votre sensibilité soit froissée par l’étalage des inscriptions vantant la prétendue Croix de Toulouse, faites comme moi : biffez rageusement l’appellation abusive et écrivez par dessus Croix de Venasque.
A la rigueur vous pouvez tolérer l’expression moderne et identitaire de Croix occitane, encore que…
Michel Geisler, 2004 (source)
L’épopée contre-révolutionnaire provençale en roman : les Compagnons du Soleil !
7 janvier 2011
4ème de couverture :
Choisie par les Jacobins pour incarner la déesse Raison, la jolie Fassy est massacrée dans la prison d’Aix en 1795 lors d’une insurrection contre-révolutionnaire. Quatre ans plus tard, Camille de Clapiers, général des Compagnies du Soleil qui se bat pour le retour de la monarchie, est arrêté et fusillé en dépit des efforts désespérés de son ami de toujours, Gabriel de Montfort, qui aura tout tenté pour le libérer. Ce dernier, recherché par la police impériale, se réfugie à Londres où il se met au service des Premiers ministres William Pitt et Spencer Perceval. De son exil, il n’a de cesse de poursuivre sa lutte contre le Consulat et l’Empire mais son dessein est de rentrer en France pour venger Fassy et son ami Camille. Il se rapproche d’une société secrète qui prépare un complot pour renverser Bonaparte et devient leur espion. De retour à Aix, il croisera la route de Joseph Fouché, duc d’Otrante et ancien ministre de la police, de Vidocq, le bagnard devenu policier, et des Compagnons du Soleil dont il devra déjouer les intrigues au cours d’une lutte à mort.
Jean d’Aillon écrit des romans historiques mêlant intrigue politique et récit historique sous le soleil de Provence.
Voir la liste de ses ouvrages sur Amazon.fr
La cambo me fai mau… revisité !
24 décembre 2010Être homme, c’est être de quelque part
18 septembre 2010
L’individualisme moderne avait prétendu faire de l’homme un être autonome, autosuffisant, libre de toute attache cosmique, ethnique et même sexuée, un égal parmi les égaux. On a vu ! Ayant perdu la protection rassurante des anciennes communautés et des anciennes croyances, l’individu roi est tôt ou tard saisi par l’effroi du vide et par l’angoisse. Il se réfugie alors dans les stupéfiants de la consommation et l’hypertrophie d’un moi asservi à ses désirs (…) a contrario être homme, c’est être de quelque part, appartenir à une lignée, à une tradition, parler et penser dans une langue antérieure à toute mémoire, que l’on reçoit à son insu et qui forme la perception de façon définitive. Être homme, c’est habiter un monde et s’y enraciner. Nos racines, nos liens ancestraux, ceux de la culture et des valeurs nous font hommes et femmes réels, liés à la nature, héritiers sans mérite, dotés d’une identité, même quand nous la refusons.
Pour tout homme non dénaturé, le centre du monde est son pays, c’est-à-dire un territoire, un peuple, une histoire, une culture et des représentations à nuls autre comparable ou réductibles. Ce pays est l’effet d’un choix pour celui qui est déchiré entre plusieurs origines. Maurice Barrès, chantre de l’enracinement, était de famille auvergnate, mais il s’est voulu lorrain. (…) qui sommes-nous ? A cette question éternelle, les hommes et les peuples répondent par ce qui compte le plus pour eux. « Ils se définissent en termes de lignage, de religion, de langue, d’histoire et de valeurs.»*
Dominique Venner, Histoire et tradition des Européens – 30 000 ans d’identité (2009)
*Samuel Huntington
« De ce livre, on sort changé. Il répond dans un esprit neuf aux questions que se pose notre époque. Qu’est-ce qu’un Français ? Qu’est-ce qu’un Européen ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » (extrait du quatrième de couverture)
Parce que la Provence, ce n’est pas la « Côte d’Azur »
2 septembre 2010
L’image comique et légèrement péjorative que l’on s’était créée du Marseillais en 1840, cent après s’est étendue à la Provence entière. Alors, humilié ou agacé, l’homme du pays tient à rappeler périodiquement qu’il existe une autre idée de la Provence ; son image grave et secrète s’oppose à l’image futile – non certes comme une droite s’opposerait à une gauche, mais comme une réalité à une autre réalité : réalité du monde épars dans les mas de campagne, en face des villages gais, bruyants et politiciens ; réalité de la montagne, en face d’un bas pays qui s’identifie de plus en plus à la Côte. Ce monde grave, celui de Mirèio déjà, est celui de Bosco, de Giono, de René Char, de Peysson (la mer en est aussi). Faut-il alors parler de deux Provences ? Sans doute, à condition d’admettre un caractère régional bien plus complexe qu’il ne parait. Témoin ces notes de gravité discrète, aussi frappantes, de vérité que les scènes comiques entre lesquelles elles se glissent et qui donnent ainsi au Marius de Pagnol, avec l’aide de ce pur Provençal qu’était l’acteur Raimu, une épaisseur d’humanité. Aussi bien les temps vont devenir eux-mêmes plus graves.
Maurice Agulhon et Joël Coulet, Histoire de la Provence (collection Que sais-je, 2001)





























