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    Bèu-caire 1216 : la résistance provençale dans la croisade albigeoise (2/3)

    Lire la partie (1/3)

    Les Troubadours, voix de la contestation provençale

    Les Troubadours sont à l’avant-garde de la résistance au pouvoir politique des évêques et de la reconquête contre les Français. Ils produisent des sirventes en série : sortes de « tracts en chanson » dans lesquels les poètes se font contestataires en appelant les uns à la révolte, les autres à l’exil. Le sirventes reprend l’air d’une chanson à la mode et en modifie le contenu pour véhiculer des idées politiques, c’est le média numéro 1 au Moyen-Âge, l’instrument de subversion par excellence, le samizdat occitan (sous l’URSS, le samizdat était un pamphlet anti-communiste diffusé par les dissidents).

    Les Troubadours, en chantant les vertus héroïques de la chevalerie, diffusent un message clair : la vie est un combat. Ils considèrent que la croisade albigeoise est une « fausse croisade » et, pour Tomier et Palaizi, chevaliers troubadours de Tarascon, ses instigateurs commettent un pêché contre Dieu car ils détournent le noble élan des premiers croisés de leur objectif initial : ils « préfèrent Beaucaire au Saint-Sépulcre [tombeau du Christ à Jérusalem] ».

    Par ailleurs, « la hardiesse avec laquelle Avignon combattit pour la cause du comte de Toulouse et l’honneur de la Provence a été célébrée en vers par Tomier et Palaizi » (Eugène Martin-Chabot, édition de 1989 du tome II de la Chanson). Mais ils appellent aussi les tièdes à se montrer courageux : « Et toi, pourquoi te terres-tu comme un rat dans son trou ? Ne vois-tu pas le dommage qui peut t’en échoir ? En avant baron, attaque ces Français arrogants puisque tu es fort et affermi ! » Un autre troubadour, Duran Sartre de Carpentras : « Comte, jamais plus nous ne pourrons vivre avec honneur si vous ne nous délivrez pas des Français hypocrites qui passent le jour et la nuit à se saouler et qui vous ont fait pire que personne ne saurait écrire. Débarrassez nous-en en les blessant les capturant ! »

    Chantés avec entrain par les combattants au cours de l’engagement militaire ou récités paisiblement par des jongleurs sur les places des villes, leurs couplets servent à encourager les partisans du comte de Toulouse et de l’émancipation communale (…) La chanson engagée est l’arme par excellence des contestataires provençaux (Collectif, La Provence au moyen-Âge, 2005).

    Le siège de Beaucaire : les Français défaits, le Midi relève la tête

    En rhodanie, la proximité des Français est vécue comme une menace. Après le départ de Raimond VI pour l’Espagne, le fils prodigue installe ses garnisons dans plusieurs cités du Venaissin : les préparatifs cèdent bientôt la place au combat… A Beaucaire, l’agent de Montfort Lambert de Limoux dirige une garnison de croisés dans la forteresse depuis que l’archevêché d’Arles lui en donna l’usage en 1215. Mais la population lui est majoritairement hostile : sur délibération du conseil de la ville, les habitants ouvrent les portes de la cité au jeune Raimond VII, l’enfant du pays, né au château il y a 19 ans. Son père Raimond VI est né, lui, à Saint-Gilles, dont il porte le titre de seigneur, près d’Arles. Autant dire que les comtes de Toulouse sont ici comme à la maison…

    <i>Sceau de Raimond VII</i>

    Sceau de Raimond VII

    D’Avignon, de Tarascon et de Marseille, les soldats arrivent bientôt, entrant dans Beaucaire à pas de loup, navire après navire via le Rhône. Dans les rues, on peut entendre « Notre seigneur bien-aimé fait son entrée dans la ville, et avec lui la joie de l’âme, car désormais il n’y restera plus ni Français ni Barrois ! [« Barrois » qualifie les habitants des pays rhénans] ». Les Beaucairois accueillent les soldats dans leurs foyers. A l’annonce de la nouvelle, les croisés commettent une première provocation en déboulant au galop dans les rues de la ville, Lambert de Limoux à leur tête, en scandant « Montfort ! Montfort ! » Des fenêtres, les Beaucairois font pleuvoir toutes sortes de projectiles sur leurs occupants pendant que les troupes consulaires s’organisent et que les seigneurs se lancent à la poursuite des croisés au cris de « Toulouse ! » Les croisés, acculés, rejoignent l’intérieur du château.

    Sans perdre de temps, les hommes de Raimond VII se lancent à l’assaut de l’édifice en commençant par la Redote, ouvrage fortifié à l’extrémité nord-est du rocher qui porte le castèu (castrum, château) : « alors vous en auriez vu des arbalètes se tendre, des carreaux s’élever en l’air [épaisse flèche d'arbalète], des moellons s’abattre [parties décoratives d'un mur de château fort], des pierres être lancées et de bons arcs se détendre, les Provençaux attaquer et les Français se défendre ». Aux pieds du castèu, on s’écrie « Désormais, nous ne pouvons échouer. Glorieux Jésus-Christ, qui mourûtes le vendredi, vous restaurez Paratge ! [personnification de l'idéal chevaleresque occitan, composé de toutes les vertus d'un cœur noble et généreux : loyauté, équité, respect du droit d'autrui et sentiment de l'honneur] ». Selon la philosophe Simone Weil (L’agonie d’une civilisation dans Le génie d’oc, 1943) : « Il ne peut y avoir d’ordre que là où le sentiment d’une autorité légitime permet d’obéir sans s’abaisser ; c’est peut-être là ce que les hommes d’oc nommaient Paratge. »

    Les assaillants entament la construction d’un mur pour empêcher les Français de sortir et leurs renforts d’entrer ainsi que toute eau ou nourriture de parvenir. Il est remarquable que les Beaucairois et la population des villages voisins, des plus pauvres aux plus riches, mettent la main à l’ouvrage : « Jamais pour aucune construction on ne vit de si riches maçons, car c’étaient des chevaliers et des dames qui apportaient le blocage, des damoiseaux et des damoiselles les matériaux et les pierres taillées, tout en chantant ballades, couplets et chansons. » Les milices communales, armée d’hommes libres levée par les consuls de la ville pour sa défense, symbole des libertés municipales, gardent le château : « à moins de se changer en épervier, il est impossible de sortir d’ici » rapporte Lambert de Limoux, chef de la garnison croisée. « La croix [de Saint Gilles, emblème des Toulousains jusqu'à nos jours, d'origine provençale] fait des progrès et le lion perd du terrain [emblème du comte de Montfort] ». Mais Simon de Montfort, apprenant la nouvelle, se met en route… Bientôt, son armée campe face aux remparts de la ville. Rassemblés dans un champ avec ses seigneurs, s’adressant à eux : « je suis profondément indigné et il m’est pénible et cruel d’être ainsi dépouillé par un jeune garçon de 15 ans [le comte de Toulouse Raimond VII, qui en a en fait 19], il m’a mis hors de la Provence et il me tient tête avec vigueur (…) ces gens-là me crient Toulouse ! » Peu après, les croisés arrivent au castèu et font face aux soldats du jeune comte. « Bientôt va être décidé qui est celui qui doit avoir la terre et la gouverner désormais » lance le chevalier Bertrand d’Avignon, ancien consul de la future cité papale, qui le redeviendra 5 ans plus tard. A ces mots, cors, trompes et clairons sonnent la charge : croix d’oc en tête, les Provençaux préparent un accueil sauvage aux croisés.

    A suivre : les hommes croisent le fer, le sang irrigue la vieille terre de Provence et la France met un pied au sud…

    5 réponses à “Bèu-caire 1216 : la résistance provençale dans la croisade albigeoise (2/3)”

    1. Batko dit :

      La vòstra posicion n’ei pas de bon comprénguer : identitari occitan que vòu díser en contra deu nacionalisme francés, me sembra, non ? Lavets ne comprengui pas çò que hètz dab la dreta extrema de França, deu quau se cau aliberar …
      E la lenga ?

    2. [...] Lire la partie (2/3) Simon de Montfort [...]

    3. Julien dit :

      La nostro vesioun es forço simplo : sian identitaire prouvençau, francès e éuropen. Defèndon nostro patrio carnalo contro lou moundialisme qu’es lou fièu dóu jacoubinisme : « l’indigène de chaque pays de France est éduqué à rebrousse-poil. On s’efforce de lui arracher ses traditions et (…) l’usage de ces parlers antiques par lesquels se transmettaient et se perpétuaient le génie, l’indépendance et le naturel de la race. Tout est rasé, tout est broyé (…) l’histoire locale, provinciale (…) l’accent, les habitudes, les choses spéciales au pays et à son peuple (…) Et avec ça on produit (…) des gens qui (…) font bon marché de la Patrie et du Drapeau qui la symbolise. » (Mistral) « Contribuer à donner chaque jour plus d’originalité et plus de vitalité à chaque province française, c’est donner plus de force à la France (…) Lorsque vous entendez quelqu’un vous louer l’uniformité au nom du patriotisme, défiez-vous : ce doit être quelque internationaliste qui ne vante l’uniformité nationale que pour préparer l’uniformité internationale. » (Amouretti)

    4. [...] Lire la partie (2/3) Simon de Montfort  [...]

    5. Bonjour
      Petite méprise sans gravité: il s’agit du sceau de raimond VI. Celui de Raimond VII reprend à peu près la même configuration : dessin plus moderne et le chevalier est coiffé d’un petit heaume.

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