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    Urbanisme capitaliste : guerre aux sédentaires !

    A la suite de la crise rencontrée par le régime fordiste à la fin des annes 70, le capitalisme subit une mutation majeure. Un nouveau régime, qualifié « d’accumulation flexible du capital » se met en place, qui se caractérise notamment par la mobilité spatiale accrue du capital en réaction aux crises du suraccumulation de celui-ci. Ce nouveau régime nécessite une nouvelle adaptation de la main d’œuvre. Par un étonnant retournement des valeurs dominantes, le vagabondage est devenu non seulement accepté mais encourageant. Le corps mobile ainsi célébré par la (post) modernité est celui de l’homme d’affaires en transit dans l’espace mondial, du jeune urbain se pressant dans les lieux de consommation urbains, du sportif starisé se mouvant dans l’enceinte sportive, bref, de toutes les figures participant à la construction du nouveau capitalisme. (…)

    Les transformations actuelles de l’espace public urbain résultent de l’influence croissante, au sein des villes mondiales, des groupes issus de la mondialisation : la « nouvelle classe moyenne » et l’élite mondialisée, le groupe des entrepreneurs, financiers et cadres transnationaux qui composent la « classe capitaliste transnationale » dont il met en lumière le rôle dans les transformations architecturales contemporaines des villes mondiales. (…)

    Il s’agit d’empêcher le corps de rester immobile dans les « espaces de flux » qui traversent la ville, de graver dans les consciences la nécessité d’une mobilité désormais inscrite dans le code génétique de la ville. Un bon urbain est un urbain mobile. (…)

    Il est frappant de constater à quel point il est devenu récemment de plus en plus difficile de rester immobile dans l’espace public des grandes villes. S’arrêter dans la rue signifie désormais stationner debout, ou s’asseoir à des endroits non prévus pour cet usage (rebords de trottoir, bas de porte …) puisque les aménités urbaines qui remplissaient auparavant cette fonction disparaissent rapidement – la plupart des bancs publics, par exemple, étant en voie de suppression. Tenter l’expérience de rester immobile dans l’espace urbain de nos jours signifie se glisser dans la peau d’un suspect aux yeux des passants qui détournent leur chemin ou des policiers qui interviennent pour remettre le corps immobile en mouvement. (…)

    Max Rousseau, La ville comme machine à mobilité. Capitalisme, urbanisme et gouvernement des corps (2008)

    2 réponses à “Urbanisme capitaliste : guerre aux sédentaires !”

    1. Renaud84 dit :

      Même si l’analyse (profonde) doit être juste sur la volonté de voir le « jeune cadre dynamique » parcourir la cité sans s’y arrêter parce que « le temps, c’est de l’argent », les 4 exemples en photos sur l’article ne sont pas de simples éléments d’architecture pour forcer le citadin à bouger plutôt que s’arrêter, mais beaucoup plus prosaïquement, comme tout ce genre de dispositifs qui éclosent de manière extrêmement rapide dans toutes les grandes villes, des dispositifs anti-sdf, sdf qui grâce à la paupérisation sans-cesse grandissante que nous peaufinent nos élites, sont de plus en plus nombreux…
      Et un sdf qui traine sur un coin de trottoir (souvent blancs, d’ailleurs, c’est d’autant moins vendeurs…) c’est mauvais pour le commerce qu’il y a en face…
      Pourquoi d’ailleurs la plupart des sdf sont des blancs, au fait !
      Puisqu’un « non-blanc » dans la rue, c’est forcement pas de sa faute, que c’est un acte raciste, dû à cette socièté immonde et rasciste qui exclu le pauvre bougre, une multitude d’association bien pensante va le prendre en charge et de lui trouver un hébergement, et de lui trouve un repas, et de lui trouve des fringues et un boulot…
      Alors que le blanc dans la rue, c’est forcement de sa faute, ce gros fainéant !!!
      Et comme ça dérange le p’tit bourgeois, principale électeur du système en place, hop, dégagez, les sdf….

    2. Julien dit :

      En effet. Je n’ai gardé que le coeur du travail de M. Rousseau mais il traite longuement, à la fin de son analyse, de la « guerre aux pauvres » et aux SDF symbolisée par cet urbanisme. Je vous conseille sa lecture (même s’il y a des réserves à émettre quant à la vertu sédentaire du « jeune de banlieue » évoqué par l’auteur ;-) )

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