Agora : film de propagande antichrétien ?
10 janvier 2010
Cela faisait longtemps, pourrait-on se dire, qu’un film n’avait pas directement attaqué la religion chrétienne. Il y a quelques réalisateurs spécialistes du genre. Mais il s’agit là d’un genre nouveau : le peplum anti-chrétien.
Agora se passe en effet en 391 après Jésus-Christ. Après donc, l’édit de Thessalonique (publié par Théodose en 380), qui fait de la religion chrétienne une religion d’Etat. Le film raconte l’histoire de la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie par des hores de chrétiens déchaînés, pressés d’en finir avec la science païenne.
Une scientifique païenne, Hypathie, va tout faire pour empêcher cette destruction, protégée par son esclave qui tente en même temps de se convertir au christianisme pour obtenir sa liberté.
Les chrétiens sont présentés ici comme des ennemis sanguinaires des sciences des anciens. Sciences que tente de défendre héroïquement Hypathie. On appréciera à sa juste valeur le commentaire de Première qui compare les chrétiens de l’époque aux Talibans d’aujourd’hui.
On notera que c’est la première fois qu’un peplum s’attaque à la religion chrétienne. Jusque là, les peplums étaient soit explicitement chrétiens, soit purement mythologiques. Ici il semble que la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie ne soit qu’un prétexte pour attaquer la religion chrétienne.
C’est sans doute un film Hollywoodien qui en met plein les yeux, mais comme tout film partisan, il est plein de contradictions : que dire de cet esclave qui pense obtenir la liberté en se convertissant au christianisme alors que sa maitresse païenne est ouvertement opposée à cette religion (dans le droit romain, l’esclave était la propriété de son maitre, et seul ce dernier pouvait lui rendre sa liberté) ?
Ou encore, la présentation du film comme étant tiré d’une histoire vraie, alors que les historiens se déchirent sur l’origine de la destruction de la bibliothèque d’Alexandrie. Celle est en effet attribuée au même niveau :
- à la guerre civile entre César et Pompée
- à l’action de l’évêque d’Alexandrie lors de la décision impériale de détruire les temples païens
- à l’ordre du calife Omar lors de la conquête arabe.
Les païens sont également présentés comme des agneaux martyrisés par des chrétiens avides et sanguinaires… Une position assez étonnante, quand on connait les traditions parfois abominables que recouvraient les religions et sociétés païennes (esclavage légal, sacrifices humains, inégalité politique et sociale entre homme et femme…).
Présenter comme absolument vraies, des hypothèses historiques, était déjà un stratagème utilisé par Dan Brown dans son Da Vinci Code. On retrouve ici le même système qui consiste à lancer des demi-vérités en faisant croire qu’il n’en existe pas d’autres et qu’elles ne sont ni contestables ni contestées.
On regrettera que des telles qualités de réalisateur (Alejandro Amanabar) et un budget de 50 millions d’euros, soient mis au service d’une si injuste cause.
Présenter la femme dans le contexte de ce que fut la société païenne, dans des conditions d’émancipation comme celles qui caractérisent Hypatie, serait absolument incompréhensible si on ne signale pas en même temps que c’est le développement croissant du christianisme et sa conception de l’égale dignité de l’homme et de la femme qui les ont rendues justement possibles. Le paganisme, les Classiques grecs et romains ont conféré à la femme un rôle subalterne et essentiellement domestique et en aucun cas lié aux institutions publiques, exception faite pour des cultes religieux spécifiques et déterminés. Ce qui veut dire qu’Hypatie est le résultat de l’évolution de la société influencée de manière croissante par le christianisme. Et cela notre réalisateur l’escamote..
L’idée de la confrontation brutale entre des chrétiens et des païens est elle aussi absolument fausse. Dans l’empire byzantin et à Alexandrie en particulier, de nombreuses troubles se produisirent aux IV et V ème siècles, fruits de tensions entre les différents courants politiques et des chrétiens eux-mêmes. Hypatie est morte mais aussi des évêques avant elle. Ce fut une période de luttes politiques fortes. C’est si évident que les relations entre les penseurs chrétiens et païens furent, en général, bonnes. En réalité, beaucoup appartenaient aux mêmes familles. Hypatie elle-même eut parmi ses élèves des chrétiens et des païens et elle fut conseiller aulique du gouvernement de la cité.





Demain à 11h30, dans l’émission 

































