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    On nous dit que notre combat est déchu et va mourir…

    Aussi bien, lorsqu’on voit le jeune Mistral pénétrer dans le hallier sauvage, à la conquête de Mireille, tout le monde lui crie qu’il fait fausse route, qu’il va se perdre, que la langue d’oc est déchue et va mourir, qu’il faut écrire en français… Mais lui, comme un héros de légende, a déjà fait sa voie. Il chemine à travers la tempête, les injures, les railleries; et, splendide de foi, d’amour et de science, le voici qui découvre au plus profond des bois, le palais en ruine, où sommeille, depuis des siècles, la fabuleuse Princesse endormie, qui est la conscience d’une race… Le voici qui prononce, en pleurant, les paroles magiques, les paroles quasi surnaturelles du génie et, tout à coup, s’accomplit le miracle. Tout à coup, du palais resurgi des ruines, voici que la Princesse se dresse, qu’elle revêt l’armure invincible de la poésie et de la beauté et que, subitement ébloui, le monde entier, comme une reine, la salue. (…)  A Mireille aboutit tout l’effort obscur, inconscient et plusieurs fois séculaire d’une race qui ne veut pas perdre sa langue, c’est-à-dire son âme. (…) C’est par la langue que le poète peut reconquérir la patrie provençale et l’enclore dans son œuvre, c’est elle qui lui souffle le don épique, car, ainsi qu’il l’a dit lui-même, cette langue reflète – et elle est la seule langue des Gaules qui puisse actuellement refléter – « comme un miroir la poésie native, la simplicité, la hardiesse, l’énergie, les coutumes et la foi des populations au milieu desquelles chante le poète » [Note du chant VI de l'édition originale de Mireille].

    Mistral et la rédemption d’une langue (1941), Pierre Devoluy, capoulié du Félibrige de 1901 à 1909.

    * Par « race », les félibres entendent « peuple » et « civilisation ». Dans Mémoires et récits, Mistral exprime à posteriori le premier objectif du Félibrige : « relever, raviver en Provence le sentiment de race que je voyais s’annihiler sous l’éducation fausse et antinaturelle de toutes les écoles« . De sensibilité fédéraliste (bien qu’il se gardait bien de faire de la politique), on peut en déduire que Mistral visait les « écoles » jacobines et progressistes du XIXème siècle, partisanes du despotisme éclairé contre les libertés locales. « Raviver le sentiment de race » signifie « raviver l’identité ».

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    Une réponse à “On nous dit que notre combat est déchu et va mourir…”

    1. [...] : il « a déjà fait sa voie et chemine à travers la tempête, les injures, les railleries » (Pierre Dévoluy). Modèle de persévérance et de constance dans l’action, son message est [...]